Epanouir sa retraite avec l’écovolontariat

J’ai eu le plaisir de découvrir Patricia Baillon grâce à ma cousine Myriam. Myriam me connait active dans des projets pour la communauté depuis de nombreuses années et a toujours su que l’écovolontariat collerait avec ma démarche. J’ai eu l’opportunité de discuter avec Patricia et de découvrir le monde passionnant d’une écovolontaire, rôle que Patricia a découvert à plus de cinquante ans.

« Etes-vous prêts à donner 2 semaines de votre vie pour sauver la planète ? »

Il a suffi de ces quelques mots pour changer le cours de la vie de Patricia.

Tout commence le weekend de l’Ascension, en mai 2007. Patricia fait ses courses au supermarché quand elle tombe sur un magazine au rayon des surgelés; un magazine qui n’a rien à faire là. Elle passe devant, jette un œil distrait sur la couverture, lit sans réfléchir « Etes-vous prêts à donner 2 semaines de votre vie pour sauver la planète ? », et repart avec son chariot. Le temps, comme elle dit, que « ça monte au cerveau ». Alors elle recule de quelques pas, revient au magazine, le feuillette vite fait et le dépose dans son caddie. Elle ne se doute pas que sa vie vient de prendre un nouveau tournant…

Schématiquement, l’écovolontariat tient en 3 mots : découvrir, aider, partager. Le but est de donner un coup de main à des associations ou autres organismes, dans des domaines qui ratissent large : l’humain, le patrimoine, la biodiversité. Se rendre utile. Ici. Ailleurs.

Patricia, ça lui parle. Et elle craque sur les programmes qui ciblent les animaux. Le magazine mentionne justement une mission avec des éléphants en Thaïlande. Bingo !

Sauf que Patricia se dit qu’elle n’a sûrement pas le bon profil pour être écovolontaire. L’organisme en charge de la mission dit rechercher des plus de 18 ans, en bonne condition physique et parlant anglais. Patricia explique : « C’était pas gagné. A l’époque, j’avais 52 ans, je travaillais assise sur mon popotin devant un ordi toute la journée, et je n’avais aucun diplôme en lien avec les animaux ou la nature. Mon seul bon point, c’était l’anglais. Mon homme, Jacky, avait 54 ans, il était physiquement au top, mais l’anglais… c’était zéro. »

Mais qui ne tente rien n’a rien. « A nous deux, on pouvait faire un écovolontaire potable » me raconte-t-elle avec humour. Elle se lance, envoie un courriel, dit qu’elle et Jacky sont super-motivés … sachant que le Jacky en question n’est encore au courant de rien. Et ça marche ! Patricia reçoit un OK rapide, elle organise tout, préinscription etc, jusqu’à ce qu’elle soit (je la cite) « prête à attaquer le gros morceau – en parler à Jacky ».

Un déjeuner au restaurant, la voilà qui balance sa bombe : « Pendant les vacances, nous allons travailler comme écovolontaires dans un refuge pour éléphants en Thaïlande». Jacky manque de tomber de sa chaise, se rattrape de justesse à la table et lâche un énorme « QUOI ?! TRAVAILLER ??? » Patricia me raconte que là, « il y a un moment de silence absolu dans le restaurant, puis Jacky devient une mitraillette à questions, où, quand, comment, pourquoi, etc… ». Heureusement que toutes les réponses sont prêtes ! Jacky est vite convaincu – comme prévu. Six mois plus tard ils partent en Thaïlande, durant les vacances de Noël 2007.

De simples novices aux habitués de l’écovolontariat

Ce travail dans un refuge pour éléphants, fin 2007, est leur première mission. Aujourd’hui, en 2020, Jacky et Patricia en sont à 10 missions effectuées, soit quasiment une par an. Après la Thaïlande, le couple est parti en Namibie 7 ans de suite, et depuis 2018, ils mettent le cap sur l’Afrique du Sud avec VolonTerre Africa . « L’écovolontariat n’est plus juste une envie » me dit Patricia, « c’est devenu un besoin ».

Patricia m’explique qu’à la retraite, on se dit «Très bien, je suis en retraite, mais que devient ma vie maintenant ? Je sers à quoi ? On n’a plus besoin de moi au travail, les enfants sont partis…. Il est temps de faire d’autres choses, des choses différentes. Faire du bien tout simplement ».

Avec le recul et l’expérience de l’écovolontariat, Patricia explique qu’il est faux de penser que les organismes recherchent forcément des jeunes. Au contraire, explique-t-elle, les organismes préfèrent souvent des volontaires plus matures. Pas « des petits jeunes qui croient tout savoir », mais des gens qui réfléchissent. Patricia résume : « Devenir écovolontaire implique souvent de sortir de sa zone de confort. C’est déstabilisant, ça peut faire peur. Mais même si on s’imagine qu’on n’est pas à la hauteur, si on veut vraiment aider, il faut se prendre par la main et se lancer ».

Ces trois dernières années, Patricia et Jacky ont rejoint le programme « Recherche et Conservation » de VolonTerre Africa, en Afrique du Sud. La mission consiste à participer à la gestion d’une réserve pour animaux sauvages. Ils adorent et se sentent utiles.

Avec d’autres écovolontaires, ils effectuent principalement le comptage des animaux. La réserve dans laquelle ils travaillent fait 25’000 hectares ; c’est un endroit sauvage mais également un espace clôturé, il est donc nécessaire d’y maintenir l’équilibre entre le nombre d’herbivores et le nombre de prédateurs. Cela n’est possible que si l’on sait combien il y a d’animaux – et pour le savoir il faut les pister et les compter ! Patricia explique : « Chaque jour, nous sortons en 4×4 dans le bush ; un volontaire compte les éléphants, un autre les zèbres, un autre les lions, etc… On note tout ça et les informations alimentent ensuite une base de données qui renseigne différents organismes de préservation de la nature, comme par exemple le WWF ».

Jacky et Patricia s’intéressent aussi aux autres programmes proposés par VolonTerre Africa , notamment la mission « Education Enfants-Animaux » à laquelle ils ont participé en 2018. Selon Patricia, c’est « un programme très prenant sur le plan émotionnel puisqu’on travaille avec des enfants ; on s’efforce de leur donner de meilleures cartes pour l’avenir. C’est important pour eux. Deux ans plus tard, je repense souvent à « mes » enfants de là-bas ».

Patricia en compagnie d'Andrina durant la mission *Education Enfants-Animaux"

Se lancer dans l’écovolontariat

Bien que les missions d’écovolontariat aient des formats d’une semaine à plusieurs mois, Patricia conseille de partir deux semaines quand c’est tout nouveau : « la première semaine on cherche ses marques, tout est à apprendre ». En revanche, la deuxième semaine, « on commence à être efficaces, du coup on en profite davantage ». Pour elle, 3 semaines est désormais idéal, et cela permet à son mari, diabétique, d’assurer ses rendez-vous médicaux réguliers en France.

Patricia lors d'une mission "Recherche & Conservation"

Rester vigilant

Patricia préconise cependant de rester vigilant avec tous les voyages dits « écovolontaires » et de bien se renseigner avant d’en sélectionner un. Comme dans tout, des dérives peuvent arriver. Patricia me cite l’exemple d’une mission ciblée sur les lions : « Le descriptif indiquait qu’on s’occupait de lionceaux orphelins pour qu’ils puissent être remis en liberté lorsqu’ils seraient assez forts. Mais en creusant la question, j’ai appris que ces soi-disant missions alimentaient en réalité la chasse en boîte – une pratique horrible, malheureusement légale en Afrique du Sud ».

Décortiquez donc bien les programmes. Un écovolontaire n’est pas là pour se substituer au travail des locaux, donc choisissez des missions honnêtes, utiles et qui ne sont pas là pour profiter de ce tourisme vert. Et privilégiez les petites structures qui fonctionnent avec des petits groupes : ce sont celles qui ont le plus besoin d’aide.

Jacky durant la première mission en Thaïlande

Et la suite ?

En mai 2020, la 11ème mission de Patricia et Jacky (désormais 65 et 67 ans) a été annulée pour cause de Covid. Mais cela ne va pas empêcher ce couple de repartir en mission dès que les contraintes de confinement, frontières et vaccins seront résolues. 

Ils attendent impatiemment de reprendre le chemin de l’Afrique du Sud, dès 2021… Et ils savent déjà que le jour où les voyages lointains deviendront trop fatigants pour eux, ils pourront continuer à se rendre utiles en France.

Pour terminer mon article, je demande à Patricia de résumer sa démarche en une phrase. Je « l’entends » sourire – interview par téléphone oblige – mais son émotion est palpable : « En se rendant utiles, on reçoit bien plus qu’on ne donne – parole d’écovolontaire !»

Qu’est-ce que l’écovolontariat?

L’écovolontariat soutient des organisations locales du monde entier qui sont le plus souvent en manque de moyens, c’est un engagement écocitoyen.
Toutes les catégories d’âge peuvent participer, donner de leur temps et de leur énergie mais en contrepartie, les personnes volontaires, appelés écovolontaires ne sont pas rémunérés.

Ce qui relie les écovolontaires, c’est de vouloir aider à la préservation d’espèces, des milieux naturels ou encore contribuer à des projets qui soutiendront les populations locales.

Ce tourisme vert apporte un effectif supplémentaire aux organisations locales qui sont très souvent en manque de moyens.

Il n’y a pas besoin d’avoir des compétences particulières en écologie par exemple ou pour s’occuper d’animaux.

En savoir plus

VolonTerre Africa

Cap sur la Terre – Laurence Dupont a créé un guide de l’écovolontariat sur son site Cap sur la Terre. Ce guide recense 200 projets d’écovolontariat à travers le monde.

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